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A quoi ressembleront nos villes demain ?
Réchauffement climatique, surpopulation, nouvelles énergies, les défis qui attendent nos villes dans les prochaines années devraient profondément modifier leur apparence. En centre-ville comme en banlieue, des maisons individuelles aux buildings, des ruelles aux grands boulevards, voici les changements architecturaux qui nous attendent dans cette ville de demain...

Avec la chaleur estivale des derniers mois, la question était sur toutes les lèvres. Comment éviter que nos villes ne se transforment en four quand les températures grimpent ? D’autant que la situation devrait se produire de plus en plus souvent, jusqu’à devenir habituelle. Plus largement, c’est toute la physionomie urbaine qui demande à être réinventée. Moins polluantes, mieux desservies, moins consommatrices d’énergie et plus adaptées aux variations climatiques, les villes amorcent un virage qu’il devenait urgent de prendre. Pour le bien de la planète, celui des prochaines générations, mais aussi le nôtre alors que le réchauffement climatique devrait s’accélérer. Et dans les grandes, comme les plus petites villes de France, la transformation a déjà commencé, avec toujours plus de projets innovants et durables.

1/5. Un urbanisme 3.0

Au-delà des bâtiments qui les composent, nos villes ont différents enjeux urbains à relever. Intelligentes, on parle déjà de Smart-City dans certaines mégalopoles où la technologie connectée améliore la consommation d’énergie, d’eau, la régulation du trafic routier, des transports, de l’éclairage public ou encore des déchets. C’est par exemple le cas à Los Angeles où certaines poubelles et conteneurs sont dotés de capteurs permettant aux éboueurs d’adapter leurs trajets et de diminuer les coûts de gestion.

Mais le premier défi des prochaines années reste celui des températures. D’ici 30 ans seulement, elles devraient atteindre régulièrement les 50°c dans les grandes villes de l’hexagone qui vont devoir agir pour rester vivables. La première arme est l’arborisation des grands axes qui permet de gagner jusqu’à 2°C par temps de canicule. Mais d’autres moyens sont aussi mis en œuvre, comme à Paris qui multiplie déjà les brumisateurs et les points d’eau et promet de persévérer. Autre solution prometteuse, les revêtements de sol réfléchissants, également appelés albédos. En remplaçant le traditionnel asphalte noir par ce revêtement blanc, la température du sol perd jusqu’à 10°c, avec d’évidentes répercussions sur la température urbaine. Enfin, il s’agira de préserver les espaces verts, qui absorbent le CO2 et génèrent de l’oxygène, et même d’en créer de nouveaux. Comme à Singapour où une forêt artificielle est installée depuis 2012. Composée de 100 hectares de super arbres qui captent l’énergie solaire et la redistribuent aux citoyens, elle abrite également 150 000 plantes de 600 espèces différentes qui constituent le véritable poumon de la ville.

Photo : les super-arbres à énergie solaire dans le jardin de Bay South à Singapour, un projet d'aménagement de 250 hectares.

2/5. Des bâtiments actifs
 
Nous sommes à l’aulne d’une révolution. Car d’ici seulement un an, une nouvelle règlementation thermique (RT 2020) entrera en vigueur et promet de profonds bouleversements. Chaque nouveau bâtiment construit sur notre sol français devra désormais afficher un niveau de performance passif. C’est-à-dire qu’il devra produire plus d’énergie qu’il n’en consomme. Et cela concerne d’ores et déjà les bâtiments publics, à qui la règle est applicable depuis 2018. Panneaux thermiques ou photovoltaïques, puits canadiens, chauffage au bois ou thermodynamique, plus question de gaspiller l’énergie fossile et de nuire à l’environnement.

Dans les villes, de nombreux bâtiments à énergies positives existent déjà, comme le Green Office Quartz signé Christian de Portzamparc à Issy les Moulineaux, un immeuble de bureaux avec 540 m2 de panneaux photovoltaïques et chauffage à l’huile de Colza. Ou encore la tour Elithis Danube à Strasbourg, un immeuble à la balance carbone positive. Signée Xtu Architects, il s’agit de la première tour de logements au monde, sans facture énergétique. Le cabinet Xtu a également conçu la tour In Vivo dans le XIIIèmearrondissement de Paris qui mettra en œuvre des capteurs solaires biologiques à base fonctionnant grâce à la photosynthèse de micro-algues. Si nos bâtiments devront moins consommer d’énergie qu’ils n’en produisent, ils devraient également contribuer à produire d’autres ressources, à l’image de Paris qui cumule déjà 15 hectares de jardins partagés sur ses toits, et promet de doubler ce chiffre d’ici 2020. Et plus largement, la capitale française promet une végétalisation de ses bâtiments sur 100 hectares d’ici 2 ans, pour que les parisiens respirent un peu mieux en ville.

Photo :  la tour In Vivo dans le XIIIème arrondissement de Paris, réalisation cabinet Xtu.

3/5. Des éco-quartiers généralisés

S’il n’y a pas de réelle définition d’un éco-quartier, cette nouvelle forme d’urbanisme est pourtant bel et bien en train de transformer nos villes. L’idée générale est de maitriser les dépenses énergétiques et la production de déchets d’une zone urbaine définie. Mais c’est avant tout de faire participer ses habitants à un objectif commun : préserver durablement son lieu de vie. Ainsi à Brest, le quartier des Capucins, est en pleine reconstruction citoyenne. Dans ses Ateliers, une grande structure couverte qui fédère les acteurs culturels et les initiatives populaires, chacun peut exprimer son opinion, échanger, et même participer à la transformation de ce quartier et son ancien couvent situé entre la rivière de la Penfeld et le centre historique. Ginko à Bordeaux, les Couleurs de l’Eau à Rouen, Cœur Université à Nanterre, Issy-Grid à Issy les Moulineaux, ou Boucicaut à Paris (15ème), les éco-quartiers se multiplient dans l’hexagone. Si chacun met en œuvre des infrastructures et des objectifs différents, tous privilégient l’architecture positive, la mixité sociale et les jardins partagés. D’autant que si les Eco Quartiers se propagent, ils évoluent aussi. Comme celui de Clichy-Batignolles qui vient d’investir 4,2millions d’euros dans une plateforme de gestion énergétique qui lui permettra de piloter en temps réel la production et la consommation d’énergie de ses 12 programmes immobiliers.

Photo : l'éco-quartier Ginko à Bordeaux

4/5. Aujourd’hui c’est déjà demain

On ne peut pas parler de ville du futur sans que l’imagination galopante des architectes ne s’emballe. Mais si leurs idées relèvent parfois aujourd’hui de la science-fiction, nulle doute que certaines d’entre elles se concrétiseront un jour ou l’autre. Ce sera certainement le cas des villes verticales, comme celle imaginée par l’architecte Vincent Callebaut pour un projet prototype en Inde. Composée de 6 tours-arbres de 36 étages construites en bois, sa cité baptisée Hyperions est truffée de fermes urbaines et de multiples parcelles cultivables. Plus proche de nous, l’architecte a également signé le projet d’anticipation Paris Smart City 2050 dans lequel des ponts habitables seraient alimentés en énergie par le courant de la Seine. Autre idée, investir les strates supérieures de l’atmosphère, où la chaleur sera plus supportable et la pollution moins étouffante. Imaginé par l’architecte bulgare Tsvetan Toshkov, le projet City in the Sky se compose par exemple de jardins suspendus installés au-dessus des buildings des plus grandes mégalopoles, comme Paris par exemple.

Photo : le projet d’anticipation Paris Smart City 2050 par l'architecte Vincent Callebaut

5/5. Et dans les campagnes ?

Si les grandes villes de France ont amorcé leur métamorphose, certaines communes rurales ne sont pas en reste. D’abord, parce que la RT2020 les concerne tout autant et que de plus en plus de maisons positives en énergie sont bâties sur leur territoire. De même des lotissements fonctionnant comme des éco quartiers sont apparus depuis quelques années dans les campagnes. Comme à Paluel, un bourg normand de 500 âmes qui s’est récemment doté du Clos des Fées, un éco-hameau à l’architecture néo normande comprenant 18 nouveaux logements, une maison commune, 3 ateliers d’artiste, 2 gîtes et un parc paysager. Mais certaines communes poussent encore plus loin la modernisation, comme à Saint-Sulpice-la-Forêt en Bretagne, l’un des premiers smart-villages de France. Grâce à 27 capteurs de consommation de gaz, d’électricité, d’eau de température et d’humidité, le bourg de 1500 habitants est parvenu à réaliser 15% d’économies entre 2015 et 2016, et devrait atteindre les 20% d’ici 2020.

Photo : l'éco-hameau, le Clos des Fées à Paluel

 

MarieClaire.fr, Par Pierre Lesieur, publié le 31/10/2018

Page mise à jour le 05/11/2018 par ANTHONY PAOLINI